Faire venir la science à Davos

Avatar

La semaine dernière, j'ai assisté à la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos, où la neige était présente en abondance, de même que beaucoup de de leaders de ce monde. Ce n'est  pas la première fois que je vais au Forum mondial de Davos, mais cette édition restera particulièrement mémorable puisque j'ai eu le privilège de coprésider la réunion, aux côtés de six autres femmes représentant des domaines d'activité très divers.

C'était la première fois que le chef d'une organisation scientifique était invité à assumer une coprésidence – une excellente occasion de mettre en lumière, devant des figures de premier plan du monde politique, de l'industrie et de la société civile, le rôle crucial de la science face aux grands défis que rencontre la société aujourd'hui.

« Construire un avenir commun dans un monde fracturé », tel était le thème principal de la réunion de Davos cette année, thème particulièrement bien adapté à la science. L'un des messages clés que j'ai voulu faire passer est que la science peut jouer un rôle décisif de lien entre les peuples parce qu'elle est universelle et qu'elle unifie. Elle est universelle parce qu'elle s'appuie sur des faits objectifs et non sur des opinions. Elle unifie parce que la quête de la connaissance et la passion du savoir sont des valeurs et des aspirations communes à toute l'humanité. La connaissance scientifique n'a pas de passeport, pas de sexe, pas de couleur de peau, pas de parti politique.

Des laboratoires scientifiques tels que le CERN rassemblent des personnes venues du monde entier, parfois de pays en conflit. Ces personnes travaillent ensemble dans l'harmonie, animées par une même passion du savoir et par la poursuite d'objectifs communs. Il est vrai que des institutions telles que le CERN ne peuvent pas directement résoudre des conflits géopolitiques, mais elles peuvent contribuer à faire tomber certaines barrières, et constituer pour la jeune génération un environnement de respect et de tolérance où la diversité et l'inclusivité sont appréciées à leur juste valeur. Le CERN et les autres institutions scientifiques peuvent faire germer des semences de paix.

Mon autre message clé lors de la réunion de Davos a été que la connaissance scientifique est le moteur du progrès parce qu'elle repousse les limites de ce que nous connaissons. Elle a donc une place essentielle dans la perspective des défis sociétaux énoncés dans les Objectifs de développement durable. Sans idées innovantes, sans percées scientifiques, il n'y a pas de progrès possible. L'histoire montre que, très souvent, les avancées décisives sont le fruit de la recherche fondamentale. Par exemple, la mécanique quantique et la relativité, considérées à l'origine comme des spéculations inutiles, sont à présent à la base d'une grande partie de l'électronique moderne et des systèmes GPS.

Mardi, une autre coprésidente, Christine Lagarde, était chargée d'animer une table ronde d'une heure entre les sept coprésidentes. Elle a ouvert le débat par une citation de Leonard Cohen : « Il y a une fissure en toute chose. C'est ainsi qu'entre la lumière. » Nous avons passé une heure à parler de fissures et de lumière, et il est apparu que la science constitue l'un des principaux composants cette lumière.

Jeudi, j'ai pris part à une autre table ronde, en compagnie de Justin Trudeau, premier ministre du Canada, et de Malala Yousafzai, prix Nobel de la paix. Le thème de cette table ronde était la création d’un avenir commun par l’éducation et l’autonomie. J'ai souligné l'importance des disciplines scientifiques (science, technologie, ingénierie et mathématiques) dans l'éducation, non seulement pour les élèves visant une carrière scientifique, mais aussi comme bagage pour la vie. La méthode scientifique, la valeur de l'évaluation s'appuyant sur des faits, la signification d'une mesure et de son incertitude, autant de choses qui devraient être enseignées à tout le monde. Ces compétences sont nécessaires à tous, et pas seulement aux scientifiques, car notre monde moderne a besoin de citoyens éclairés.

J'ai été encouragée par les réactions positives de l'assistance. J'ai vu que la science est de plus en plus reconnue comme jouant un rôle majeur dans les efforts menés au niveau mondial pour créer un monde plus satisfaisant et plus inclusif. La difficulté, naturellement, c'est de faire en sorte que cette reconnaissance débouche sur un financement adéquat.  

J'ai également eu l'occasion de rencontrer brièvement plusieurs hauts responsables de nos États membres et États membres associés et d'autres pays, en particulier les présidents de la France, de la Confédération suisse et de la Lituanie, et les premiers ministres de l'Italie, de la Norvège, du Canada, de l'Estonie et de la Lettonie. Je retiens de ces rencontres de précieux messages de soutien et d'hommage à la mission et aux réalisations du CERN.

Je veux espérer que la science tiendra une place tout aussi éminente lors des futures rencontres du Forum économique mondial, et constituera un élément essentiel du débat mondial sur l'orientation que prendront nos sociétés. 

Le programme du Forum économique mondial en 2018 peut être consulté ici.