Gian Vittorio Frigo (1939 – 2026)

Le CERN vient de perdre l’un de ses esprits les plus singuliers. Gian Vittorio Frigo – pionnier de l’ingénierie informatique, mais également guitariste passionné, cuisinier méticuleux et hôte d’une générosité sans bornes – nous a quittés, et le monde s’en trouve désormais plus silencieux et moins éclatant. Pour celles et ceux qui le connaissaient bien, il ne ressemblait à personne.

Esprit libre et anticonformiste, il évoluait dans un univers bien à lui – créatif, audacieux, résolu et profondément artistique. Pour reprendre les mots d’un de ses collègues, il avait le culte de la perfection, et il était difficile de lui dire non. Il mettait la même énergie dans tout ce qu’il faisait : remettre sur pied un système de gestion en déroute, répondre aux besoins en informatique de Carlo Rubbia et de ses collaborateurs au cinquième étage du bâtiment principal, ou encore se consacrer à la musique qu’il aimait – le flamenco, le jazz, le rock et les chansons des années soixante. Il avait marqué les esprits en représentant le CERN sur scène, accompagné de sa guitare, à l’Exposition universelle de Séville en 1992.

Ses amis se souviendront toujours des légendaires « garden-parties » qu’il organisait chaque année dans son jardin à Nernier, avec son épouse, Barbara : des réceptions préparées avec grand soin et débordant de générosité. C’est lors de l’une de ces douces soirées d’été au bord du lac qu’il désigna à l’attention de l’un des convives la maison où Mary Shelley avait travaillé à son roman Frankenstein en 1816 ; l’anecdote, d’une certaine manière, est tout à fait typique de Vittorio, incessant pourvoyeur de poésie, de musique et de bonne humeur auprès de ses collègues, pour leur plus grand bonheur.

Ces dernières années, il avait l’habitude de retrouver régulièrement d’anciens collègues du CERN et amis – « l’Académie », comme ils se nommaient – qui se réunissaient chaque semaine pour un moment chaleureux autour d’un bon repas ; sa compagnie était toujours très appréciée. Son absence dans ce cénacle laissera un grand vide. Celles et ceux qui l’ont connu trouvent un peu de réconfort en se rappelant le dernier message qu’il avait adressé à Noël, où il confiait avoir eu une très belle vie. Chez Vittorio, ces mots n’étaient pas une marque de résignation. C’était un constat, formulé avec la précision qui le caractérisait.

Ses amis en Italie se souviennent de lui avec un sourire : il avait toujours un temps d’avance, il était toujours là avant l’heure. Un génie indocile – une figure mythique de leur jeunesse. Il a vécu comme il jouait, fidèle à ses propres règles.

Ciao Vittorio. Repose en paix.

Ses collègues et amis