(Photo: Kalmus family)

George Kalmus (1935–2026)

C’est avec une grande tristesse que nous avons appris la disparition de George Kalmus, qui s’est éteint le 27 mai à l’âge de 91 ans. George a mené une longue et brillante carrière dans le domaine de la physique expérimentale des particules, et ce, non seulement au CERN, où il joua un rôle prépondérant dans de nombreuses expériences, mais aussi au Laboratoire Rutherford Appleton (RAL), au Royaume-Uni, ainsi qu’au Laboratoire Lawrence Berkeley (LBL) et au Laboratoire de l’accélérateur SLAC, aux États-Unis.

En 1939, la famille de George quitte la Yougoslavie, où il est né, et s’établit à Londres. Il fait des études de physique au University College London (UCL) et soutient une thèse de doctorat intitulée « Physical properties of bubble chambers » en 1959. C’était le début de recherches au long cours liées à cette technique de détection qui permettait de visualiser les trajectoires des particules chargées.

George occupe d’abord des postes de chercheur et d’enseignant à UCL, puis rejoint en 1964 ce qui est aujourd’hui le LBL, où il est promu au rang de physicien principal en 1967. Au cours de cette période, il s’intéresse à différents aspects de la désintégration des kaons positifs et, en outre, il conçoit un faisceau de kaons négatifs au Bevatron, le synchrotron à protons du LBL.

En 1972, George quitte le LBL et devient responsable du groupe de recherche « Chambre à bulles » à l’institut qui s’appelle alors le Laboratoire des hautes énergies Rutherford et deviendra le RAL, et où il accomplira le reste de sa carrière. Peu auparavant, en 1970-1971, il avait travaillé un an au CERN en tant que visiteur scientifique. Une fois en poste au RAL, il poursuit sa collaboration avec le CERN : il propose et mène une grande expérience qui utilise une cible sensible aux traces installée dans la Grande chambre à bulles européenne (BEBC). Il est membre du Comité des chambres à traces du CERN, puis le premier président du Groupe des utilisateurs de BEBC et, de 1979 à 1982, membre du Comité du Supersynchrotron à protons du CERN. À la suite de la découverte de particules dites « à charme ouvert » en 1976, il dirige une expérience au SLAC qui permet d’effectuer d’importantes mesures sur la désintégration des mésons D à durée de vie courte dans une chambre à bulles.

Dans les années 1980, alors que les chambres à bulles sont progressivement supplantées par des détecteurs électroniques, George prend la tête du groupe de Rutherford qui travaille sur l’expérience DELPHI auprès du Grand collisionneur électron-positon (LEP) du CERN, contribuant tant à la conception et à la réalisation de cette expérience qu’à l’analyse de ses données. Il supervise la participation du RAL au projet DELPHI, notamment pour la construction du solénoïde, le plus grand aimant supraconducteur du monde à l’époque. Plus tard, il plaide en faveur de l’ajout d’un détecteur de microvertex au silicium, le premier de ce type installé auprès du LEP.

En 1986, George est nommé directeur du Département de physique des particules du RAL, fonction qu’il exerce jusqu’en 1997. Il participe ensuite à l’expérience NA48 au CERN, afin d’étudier des désintégrations ultra-rares du kaon, manifestant ainsi son intérêt jamais démenti pour ces particules. À la même époque, il est nommé président du Comité des directives scientifiques (1999-2001), dont il a déjà été membre de 1990 à 1997. Il quitte le RAL en 2000 pour prendre sa retraite, sans pour autant renoncer à la physique puisqu’il participe à l’expérience ZEPLIN-III, menée au Laboratoire souterrain de Boulby (Royaume-Uni) et consacrée à la recherche de la matière noire.

Toutes les personnes qui ont eu le privilège de connaître George et de travailler à ses côtés ont gardé le souvenir ému de ses exceptionnelles compétences scientifiques, qu’il alliait à une grande intégrité et à de remarquables qualités humaines. Il laisse derrière lui son frère, Peter, également physicien des particules, ainsi que ses trois filles et ses petits-enfants. Nous présentons nos sincères condoléances à sa famille.

Ses anciens collègues et amis

________

Une nécrologie sera également publiée dans le CERN Courier.