
Paolo Emilio Strolin
(1939 – 2026)
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Paolo Strolin, professeur émérite de physique de l’Université Frédéric II de Naples, qui avait collaboré à de nombreuses expériences du CERN, est décédé le 28 juin 2026 à l’âge de 87 ans.
Paolo avait commencé sa carrière universitaire à l’Université de Bologne, où il a obtenu deux masters, l’un en génie électronique et l’autre en physique. De 1964 à 1975, il a travaillé au CERN, d’abord auprès de la division Accélérateurs, puis en tant que physicien de recherche auprès de la division Physique des particules. Dans la seconde moitié de la décennie 1970, il a rejoint l’Université de Zurich en tant que professeur associé. En 1980, il a été nommé titulaire de la chaire de physique expérimentale à Naples, où il a passé le reste de sa carrière, avant de devenir professeur émérite.
À Naples, Paolo a fondé un groupe de physique des neutrinos qui a contribué de manière significative à l’expérience CHARM II (1983-1994) au CERN, dont l’objet était de réaliser des mesures de précision de neutrinos visant à valider le Modèle standard. En 1989, le physicien théoricien Haim Harari, ayant émis l’hypothèse que les neutrinos pourraient contribuer à expliquer la matière noire, appela la communauté des expérimentateurs à tester cette hypothèse. C’est ainsi qu’est née l’expérience CHORUS que Paolo et son groupe ont aidé à concevoir, construire et exploiter, et dont Paolo fut le porte-parole de 1996 à 1999. Lorsqu’il est apparu, vers 1997, que le neutrino était beaucoup plus léger que prévu, la collaboration CHORUS s’est attachée à mesurer des processus induits par les neutrinos avec des hadrons charmés.
À la même époque, Paolo, Antonio Ereditato et Kimio Niwa proposent de lancer l’expérience OPERA, dont Paolo devient le premier porte-parole. Dans cette expérience, un faisceau de neutrinos muoniques était envoyé depuis le CERN au Laboratoire national du Gran Sasso (INFN), où la collaboration OPERA avait construit un détecteur de 4 000 tonnes contenant 110 000 m2 de films d’émulsion nucléaire. L’expérience a conduit à la première observation d’oscillations de neutrinos muoniques se transformant en neutrinos tauiques en « mode apparition ». Après avoir passé cinq ans à collecter des données et plusieurs autres à les analyser minutieusement, la collaboration observe pour la première fois en 2015 l’apparition de neutrinos tauiques, avec une signification statistique de cinq sigmas.
Au CERN, Paolo a été membre de plusieurs comités, notamment le Comité des directives scientifiques, le Comité des Anneaux de stockage à intersections (ISR), le Comité du Grand collisionneur électron-positon (LEP) ou, encore, le Comité du Supersynchrotrons à protons (SPS). En Italie, Paolo a occupé les postes de directeur du département de physique à Naples, de directeur de la section napolitaine de l’Institut national de physique nucléaire et de président du Comité scientifique national 2 de l’INFN. Il a également été vice-président du Réseau méditerranéen des écoles d’ingénieurs (RMEI).
Alors qu’il est à la retraite, Paolo s’intéresse à des applications plus larges de la recherche en physique, comme utiliser la radiographie muonique pour étudier les volcans et l’archéologie. Il a mené ces activités avec beaucoup de passion, encourageant ses jeunes collègues à prendre des responsabilités dans les différentes initiatives. II s’est également beaucoup investi pour promouvoir la science dans les études secondaires ; il a ainsi fondé l’Association science et école, collaborant avec des dizaines d’établissements scolaires et d’enseignants et menant divers projets, certains d’une portée internationale.
Paolo prônait une science sans barrières, ni géographiques ni disciplinaires. Il était parfois d’une simplicité désarmante et possédait un charisme extraordinaire en tant qu’individu et en tant que scientifique. Il avait beaucoup d’amis au travail comme à l’extérieur. Paolo nous laisse un héritage scientifique impressionnant et aura marqué profondément notre communauté, tant sur le plan humain que professionnel.
Ses collègues et amis