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Copenhague accueille des artistes Arts at CERN

L’exposition Soft Robots présente au centre Copenhagen Contemporary des œuvres produites en lien avec la communauté scientifique du CERN

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Pictures are suspended from the ceiling in an industrial looking, white room

Nanna Debois Buhl, Atmospheric Omens (2025). Vue d’installation, Soft Robots, centre Copenhagen Contemporary, 2025. (Photo : David Stjernholm)

Qu’il soit question de communication quantique, des paradoxes des trous noirs, des futurs climatiques, ou d’images générées artificiellement, les artistes récemment en résidence au CERN s’aventurent, à travers leurs œuvres, aux confins de la recherche scientifique.

L’exposition Soft Robots réunit des créations inédites de Joan Heemskerk, Alice Bucknell et Martyna Marciniak, sélectionnées lors des trois éditions de Collide Copenhagen, le programme de résidence Arts at CERN mené en collaboration avec le centre d’art contemporain Copenhagen Contemporary entre 2023 et 2025. Dans le cadre du programme Collide, les artistes ont effectué leur résidence entre le CERN à Genève, l’Institut Niels Bohr et le centre d’art contemporain de Copenhague. Une œuvre inédite de l’artiste danoise Nanna Debois-Buhl, réalisée sur commande, vient compléter cet ensemble.

Depuis plus de dix ans, Arts at CERN, le programme artistique du Laboratoire, accompagne des artistes dans la création de nouvelles œuvres, issues d’échanges avec les scientifiques, ingénieurs et membres du personnel du CERN. Les projets exposés invitent à réfléchir à la manière dont la recherche fondamentale et les technologies de pointe orientent nos façons de décrire, de ressentir et d’appréhender le monde.

A TV screen in a dark room shows static. In front of the screen, there are black and white balls laid out in a grid

Joan Heemskerk, entangled binary network (Hello, World) et NO MATTER (2024). Vue d’installation, Soft Robots, centre Copenhagen Contemporary, 2025. (Photo : David Stjernholm)

Joan Heemskerk dévoile deux créations issues de son projet de résidence Hello, world!. Elle y explore l’idée d’un langage universel qui puisse transcender les barrières intergalactiques et interspécifiques en réinterprétant la célèbre chaîne de programmation « Hello, world! ». Dans sa sculpture intitulée entangled binary network (Hello, world!), deux champs intriqués, constitués de billes noires et blanches éclairées par de la lumière ultraviolette, s’échangent le message « Hello, world! » au sein d’un réseau internet quantique hypothétique.

Dans sa vidéo NO MATTER, la caméra suit les microscopes électroniques à balayage pour l’analyse d’émulsions du CERN. Des collisions rares de particules apparaissent et se désintègrent, superposées aux réflexions de scientifiques sur la nature de la matière. L’image est traitée grâce à une technique de vision par ordinateur utilisée en physique pour reconstituer des trajectoires de particules, appelée transformée de Hough, repensée ici par Joan Heemskerk dans sa recherche artistique d’une « absence de matière ».

Two people sitting down with a game controller in their hand, facing opposite directions. In the back, you see on a screen the game they are playing
Alice Bucknell, Small Void (2025). Vue d’installation, Soft Robots, centre Copenhagen Contemporary, 2025. (Photo : David Stjernholm)

Fruit d’échanges avec des physiciens théoriciens, le jeu vidéo coopératif Small Void d'Alice Bucknell s’inspire de l’intrication quantique et des trous noirs. Deux joueurs y évoluent dans des mondes interconnectés selon une logique d’« appel et réponse » non verbale. Grâce à des paysages sonores mouvants et à des retours haptiques, le jeu devient ce qu’Alice Bucknell appelle une « interface affective » : une manière incarnée d’explorer les paradoxes de la physique et les limites du langage.

A big blue screen in front of a white background. The subtitles say "this breeze gives me a foretaste of those icy climes"
Nanna Debois Buhl, Atmospheric Omens (2025). Vue d’installation, Soft Robots, centre Copenhagen Contemporary, 2025. (Photo : David Stjernholm)

Dans son œuvre Atmospheric Omens, Nanna Debois-Buhl amène à réfléchir sur le climat à travers la littérature, les arts visuels et la recherche scientifique. L’installation s’appuie sur l’expérience CLOUD du CERN, qui étudie l’effet potentiel des rayons cosmiques sur la formation des nuages. Ce questionnement s’inscrit en résonance avec le roman Frankenstein, écrit par Mary Shelley près du lac Léman durant l’« année sans été » de 1816, marquée par des perturbations climatiques majeures. De vastes tapisseries numériques inspirées des images de CLOUD sont exposées aux côtés d’une vidéo générative, dans laquelle des extraits décrivant les conditions météorologiques rencontrées dans le roman se superposent à des vues du lac, esquissant un passage temporel entre inquiétudes climatiques passées et lendemains atmosphériques hypothétiques.

Martyna Marciniak, résidente Collide en 2025, vient d’achever sa résidence au CERN. Elle poursuit actuellement à Copenhague le développement de son projet intitulé 2.2 microseconds: an anomaly in autumn. Pour l’exposition, elle présente l’installation vidéo AI Hyperrealism, qui analyse la façon dont les images sont produites et donnent l’illusion du réel.

L’exposition Soft Robots réunit les œuvres de 15 artistes, qui sondent et revisitent la manière dont nos vies s’enchevêtrent de plus en plus avec les technologies. L'exposition se tient jusqu'au 31 décembre 2025.